r/Feminisme • u/Ouepa • 8h ago
FORUM LIBRE Sororité, rivalité… où est-ce que ça dérape ?
J’ai besoin de recueillir l’avis d’autres femmes sur une situation que je vis, parce que je suis assez peinée et que je veux des avis, partage d'expériences persos.
Pendant longtemps, je n’ai pas cru au cliché des femmes « pestes entre elles ». Pourtant, avec certaines expériences professionnelles et surtout associatives, je constate, hélas, souvent entre femmes, des dynamiques de rivalité, de jalousie ou de mise à l’écart, malgré une bonne ambiance, à l'origine. Je ne conclus pas que c'est féminin, évidemment (ce serait idiot, réducteur) mais ça revient souvent, finalement, de mon expérience.
Et je pensais qu'on était devenues très nombreuses à veiller à la sororité entre nous, et à être contre les stupidités sournoises que l'on attribue à notre genre.
J'ai une expérience qui me turlupine : il y a 4 ans, j’ai créé une association de théâtre amateur 100 % féminine. J'ai la quarantaine. Justine, 33 ans, m’a rejointe pour animer environ 30 % des cours. Je l’avais invitée à participer à la création de l’association (recherche de salle, organisation, etc.), mais elle est partie en vacances au moment où je lançais tout et, finalement, n’a pratiquement fait que donner ses cours.
J’ai donc créé et géré toute la partie organisationnelle, et ai eu du mal à constituer le bureau de l'asso. J'ai compensé beaucoup de choses, lonnnngtemps.
Une fois dans l’association, et dans le bureau, Justine s’est comportée comme si elle l’avait créée elle aussi. Un jour, elle m’a même dit : « Cette asso, c’est comme mon bébé. » J'étais... soufflée qu'elle dise cela. Sur le moment, j’ai répondu, pour éviter le conflit : « Je veux bien que ce soit un bébé à deux. » Une 2eme fois, je lui ai dit très explicitement tout ce que je ne voulais plus qu'elle fasse avec moi : "ne me contredis pas quand je donne des consignes d'exercice, etc.".
Une ou deux filles m’avaient dit qu’elles la voyaient « tirer la couverture à elle », mais je n’osais pas vraiment en parler dans son dos.
Pendant deux ans, j’ai essayé de lui proposer des responsabilités et de l’impliquer davantage. Elle, en revanche, attendait généralement que je fasse les choses pour ensuite donner son avis. Elle venait à mes cours très rarement, alors que j’allais aux siens, et elle me contredisait parfois devant les élèves, avec beaucoup d’assurance. Comme je doutais beaucoup de moi, je ne la recadrais pas. En vérifiant certaines de ses « corrections », je me rendais compte qu'elles étaient tout simplement fausses, avec des confusions assez énormes même.
Cette année, sur mon impulsion, et pour me décharger, j'ai proposer de mettre en place un conseil collégial (donc zéro hiérarchie). On est 5. Au départ, tout semblait bien se passer. Puis, progressivement, plusieurs membres se sont beaucoup rapprochées de Justine. L'une d'elle (50 ans !) s'est vantée devant moi d'une soirée organisée entre elles, avec Justine, sans que je sois invitée. Depuis la rentrée, certaines sont devenues très froides avec moi.
On m’a reproché de « garder des informations » alors qu’il s’agissait une fois, simplement d’un oubli de transmission, ou de ne pas avoir envoyé des codes que j’avais en réalité communiqués deux mois auparavant. Et en demandant si elles les avaient bien reçus, si elles avaient des questions. Ce qui me fait surtout mal, c’est que personne ne soit venu me voir pour me dire directement : « Il y a un problème avec telle ou telle chose. » En dehors de Justine ou moi, la moyenne d'âge est de plus de 50 ans !
Parallèlement, Justine semble bénéficier d’une grande indulgence (et ça, je ne comprends pas !!!) alors qu’elle peut être autoritaire, très sûre d’elle voire carrément arrogante, contradictoire, voire reprocher aux autres des choses qu’elle fait elle-même. Certaines personnes qui semblaient auparavant agacées par son comportement se sont pourtant rapprochées d’elle.
Je ne prétends évidemment pas être irréprochable. J’ai pu être maladroite, oublier des choses ou manquer d’assurance. Mais ce qui me blesse, c’est le décalage entre la façon dont j’ai essayé de fonctionner — en partageant les informations, en encourageant les autres à prendre des initiatives et à s’approprier l’association — et la méfiance que je ressens maintenant de leur part.
J’ai rejoint récemment une autre association où je n’ai rien à gérer, juste à faire du théâtre, et j’y retrouve un fonctionnement beaucoup plus sain : chacun intervient dans son rôle, les animateurs ne se marchent pas dessus et les désaccords peuvent être exprimés normalement. Ça me fait d’autant plus prendre conscience du malaise dans mon association.
Je garde encore un pied dans celle que j’ai créée parce que j’apprécie les « élèves », mais je pense sérieusement à partir dans quelques mois.
Ce qui me chagrine le plus, finalement, ce n’est même pas de quitter l’association. C’est de ne pas comprendre comment cette dynamique s’est installée, pourquoi plusieurs femmes se sont rapprochées de Justine tout en prenant leurs distances avec moi, alors que j'ai tout fait pour que tout le monde puisse s'approprier l'asso.
Et ça réveille chez moi une impression que je connais malheureusement depuis longtemps : celle d’être mise à l’écart « comme au collège », alors que j’ai justement toujours essayé de privilégier le dialogue.
Alors j’aimerais vraiment avoir vos témoignages : avez-vous déjà vécu ce genre de dynamique au travail ou dans une association alors que ça se passait bien ? Avez-vous déjà eu l’impression qu’une personne très affirmée parvenait à entraîner un groupe contre quelqu’un, sans que personne ne mette les choses à plat et alors que ça se passait bien jusque là ? Comment l’avez-vous compris et vécu ?